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Gilets jaunes : la police au bord de la crise de nerfs

MERCREDI 1ER MAI, BOULEVARD DU MONTPARNASSE À 12 H 56. A DEUX REPRISES DÉJÀ, LES QUELQUE 300 BLACK BLOCS VENUS POUR EN DÉCOUDRE SONT REPOUSSÉS. LA TROISIÈME AGRESSION SERA CELLE DE TROP : LES CRS S’APPRÊTENT À CHARGER.
Depuis vingt-cinq semaines, les forces de l’ordre, mobilisées sur les manifestations des Gilets jaunes, subissent des attaques de plus en plus violentes de groupes radicalisés. Leur réplique est parfois disproportionnée.

Protège-tibias de boxeur, gants, lunettes de piscine : il a pris l’attirail complet pour se protéger des baffes et des gaz. Pourtant Nicolas*, 23 ans, n’est ni gilet jaune,

ni black bloc, mais gardien de la paix. Depuis le début du mouvement, faute de matériel professionnel en état, il puise dans ses économies pour s’équiper. Comme lui, de plus en plus de flics investissent dans des masques de peintre ou des bottes sécurisées. Un collègue a même dépensé 500 euros pour son « uniforme », genouillères à coque dure, cache-col, coudières et casque de moto : l’ancien, fourni par le service et méchamment cabossé par un pavé lors de l’acte I, n’a jamais été remplacé… « Beaucoup ont des visières fêlées, détériorées par les projectiles et complètement opaques… quand elles ne sont pas cassées », raconte Nicolas.

Major et policier dans les renseignements territoriaux depuis trente ans, Christian* aime son métier ; mais le découragement est en train de l’emporter. Il ne cherche plus à cacher son extrême fatigue, physique et morale, et sa colère a un goût amer. « Voilà la réalité, s’emporte-t-il. La veille des manifestations, des flics vont chez Decathlon pour acheter des outils de protection car leur hiérarchie n’est pas capable de leur en fournir ! On n’est pas préparés et pourtant, depuis cinq mois, on nous catapulte presque à poil dans les rues, au milieu d’une foule enragée. On s’étonne ensuite qu’il y ait des débordements ! » Des tensions qui se greffent à un rythme de travail épuisant, avec des missions s’enchaînant sans temps mort et des journées musclées de quatorze heures, sans boire ni manger. « Il m’est arrivé de bosser vingt-six jours d’affilée, explique Christian. J’ai accumulé ces dernières années plus de 800 heures supplémentaires ; un ami, 2 000 ! En France, les fonctionnaires de police ont emmagasiné plus de 21 millions d’heures supplémentaires. Elles ne seront ni payées ni récupérées… »

La situation a pourri au fil des mois. Dans les rues, en novembre, il n’était pas rare de voir policiers et manifestants discuter, les premiers sans casque, les seconds sans agressivité. Tout a basculé lorsque des militants politiques, extrémistes et virulents, se sont infiltrés dans la mobilisation. Du slogan « CRS avec nous ! », on est passé à « Tout le monde déteste la police ! », « Suicidez-vous ! », « Flics suicidés à moitié pardonnés ! », « CRS = Daech ! ». « Pourtant, beaucoup de flics partageaient les revendications et l’indignation des gilets jaunes », affirme Steeve*, qui, depuis dix ans, porte fièrement l’uniforme de cette compagnie, comme son père et son grand-père avant lui. « Mais certains sont arrivés pour casser du flic. Nous avons dû nous défendre. Les “dommages collatéraux”, ce sont les gilets jaunes pacifiques, qui n’ont pas accepté d’être attaqués. Ils se sont retournés contre nous. » Déluge de pierres, bouteilles, canettes, bâtons, pavés, cocktails Molotov. En réplique, des charges brutales, des projections de grenades de désencerclement et des tirs de lanceurs de balles de défense (LBD). Les affrontements virent très vite à des scènes de guérilla, choquantes pour les manifestants comme pour les policiers.
Face à des black blocs de plus en plus nombreux et à une frange de gilets jaunes radicalisée, le ministère de l’Intérieur choisit de dégainer un dispositif hors norme : jusqu’à 80 000 fonctionnaires mobilisés pour une seule journée… « De la poudre de perlimpinpin ! s’enflamme l’un d’eux. On n’a pas le matériel, encore moins la formation adéquate ! Seuls les CRS et les gendarmes mobiles sont entraînés pour étouffer la fureur des manifestants. » La plupart des troupes engagées ont découvert sur place les techniques du maintien de l’ordre… Par exemple, les policiers de la Brigade spécialisée de terrain (BST), de la Brigade anticriminalité (Bac) ou de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI), regroupés pour l’occasion au sein du groupe de Détachement d’action rapide (Dar). Une belle coquille, dénuée de stratégie. « Peu importe leur domaine de compétence, le gouvernement veut impressionner, alors il vide les commissariats et mobilise n’importe qui ! s’agace Steeve. Ce n’est pas leur boulot, les mecs ne sont pas formés à ça. Sur le terrain, c’est évident. Ils n’ont pas l’habitude de prendre des coups. Alors, dès qu’ils se sentent en danger, ils tabassent sans réfléchir. »

"Les chefs, ultra-politisés, sont déconnectés de la réalité. On ne parle pas le même langage"
« Si les fautes sont avérées, on doit être sanctionnés, reconnaît Christian. Comme partout, il y a aussi des cons chez nous. » Deux cent vingt-trois enquêtes pour violences policières ont été ouvertes par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Manifestation après manifestation, le journaliste David Dufresne recense avec minutie toutes les blessures occasionnées par les forces de police. Pour lui, « on est passé du maintien de l’ordre à la répression, avec des violences policières et des violences d’Etat. Le climat est détestable, c’est très inquiétant d’un point de vue démocratique ». Près de 5 000 individus ont été interpellés manu militari et quelque 2 000 personnes ont été blessées par des charges, des coups de matraque ou des tirs de LBD. Une arme de catégorie 1, utilisée plus de 13 000 fois par les 4 000 hommes habilités, mais dont l’utilisation « excessive » est dénoncée par plusieurs associations et condamnée par l’Europe et l’Onu.

Le ministère de l’Intérieur n’en a cure, arguant un « savoir-faire » traditionnel du maintien de l’ordre, réputé efficace mais dont la doctrine, théorisée par Gustave Le Bon, date de la fin du XIXe siècle… Depuis, rien n’a changé. La France a même décliné l’invitation au programme de recherches Godiac (Good Practice for Dialogue and Communication as Strategic Principles for Policing Political Manifestations in Europe) : de 2010 à 2013, neuf pays européens ont réfléchi à des méthodes d’apaisement entre citoyens et forces de l’ordre lors des manifestations. La France refuse encore d’appliquer la stratégie de « désescalade » – qui privilégie le dialogue par rapport à la violence – pourtant adoptée par l’Allemagne, la Suède, l’Espagne ou l’Angleterre.

Vingt-huit agents se sont suicidés depuis le début de l’année
« Ce n’est pas faute de prévenir nos commandants, affirme un officier. Nous remontons des informations à notre hiérarchie pour améliorer les choses, mais les chefs, ultra-politisés, sont déconnectés de la réalité. On ne parle pas le même langage. Ce sont des bureaucrates, sans expérience du terrain, méprisants, peu collectifs. Ils prennent des décisions aberrantes. Et nous, on trinque ! » Ces derniers mois, les policiers ont été visés à coups de bouteilles d’acide, de trottinettes, de planches de bois farcies de lames de rasoir et de « cacatov », des bombes d’excréments… « La violence, on l’accepte, elle est inhérente à notre métier, jure un membre de la Bac marseillaise. Mais l’humiliation, c’est inadmissible. Comment peut-on rester serein et prendre du recul avec ces conditions ? Les syndicats policiers demandent des effectifs supplémentaires, mais qui veut encore faire ce travail ? Avec les enjeux, les risques, le salaire de misère [entre 1 800 euros et 2 220 euros brut mensuels], plus personne ne désire s’engager, tout le monde veut se barrer ! » L’Etat peine à recruter. Au dernier concours de gardien de la paix, le jury national a fixé le seuil d’admissibilité à 8 sur 20 de moyenne pour tenter de tenir ses objectifs. Sans succès. Seulement 997 candidats ont été retenus pour les 1 212 postes à pourvoir.

Policier est un métier qui consume, chargé de désarroi et de souffrances. Vingt-huit agents se sont suicidés depuis le début de l’année, révélant ainsi le malaise et le mal-être profonds de la profession. Du statut de héros national, après les attentats de 2015, les forces de l’ordre sont devenues des ennemis parfois ciblés comme lors de l’attaque de Magnanville où un couple de policiers a été assassiné à son domicile. Et la mésentente avec les citoyens n’arrange rien. Le lien fragile avec la population s’est distendu ces derniers temps, jusqu’à rompre. A Fécamp (Seine-Maritime), le 27 avril, un adolescent a été roué de coups parce que son père est policier municipal. Perrine Sallé, porte-parole de l’association Femmes des forces de l’ordre en colère, est inquiète. « On craint le pire pour nos compagnons. Le mien a cru mourir pendant la manifestation du 1er décembre. Il se tait pour nous protéger. Mais je ne suis pas naïve, certains manifestants viennent au contact sans crainte, ils veulent tuer des flics. Cette radicalisation de la haine est terrifiante, elle menace aussi les familles de policiers. » Un constat partagé par Christian : « Je suis étonné qu’il n’y ait pas encore eu de morts. C’est triste, mais c’est toujours la même chose : sans drame, rien ne change. »

* Les prénoms ont été changés.

La liberté d’informer menacée
Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, au moins 79 journalistes ont été victimes de violences policières. A la suite de l’interpellation du vidéaste Gaspard Glanz et son interdiction de manifestations, Paris Match a cosigné une tribune parue dans « Le Monde » le 21 avril. Des rédactions y dénoncent les « conditions de travail extrêmement difficiles » aggravées par la loi anticasseurs, « qui renforce encore l’arbitraire et met un peu plus en danger la liberté de la presse ». Ici, Emma Audrey, de radio BIP, média indépendant de Besançon, le 1er mai.

Effets persistants, rumeurs de cyanure : les gaz lacrymo utilisés contre les manifestants inquiètent

Des gilets jaunes affichent des symptômes persistants après une exposition aux gaz. Certains évoquent une intoxication au cyanure, sans qu'aucune n'ait été caractérisée. Des voix scientifiques s'élèvent pour mener des recherches sérieuses sur les effets des gaz.
Question posée par Gérard Portier le 09/04/2019

Bonjour,

Des prises de sang réalisées en pleine manifestation. La scène surprenante a été vue lors des manifestations du 20 avril et du premier mai, et dénoncée dans un communiqué par La coordination Premiers Secours. «Nous tenons à faire savoir qu’aucun Médic de la coordination n’est acteur de ces gestes irresponsables. Nous dénonçons ses pratiques, et rappelons que ces initiatives engagent leur responsabilité individuelle.»

Des vidéos datées du 20 avril et tournées à Paris, que CheckNews a pu consulter, montrent des prises de sang et des analyses de sang réalisées sur le trottoir, et parfois sans gants. Cette pratique contestée a pour objectif d’étayer les soupçons qui montent depuis plusieurs semaines sur la composition des gaz lacrymogènes, alors que de plus en plus de témoignages de manifestants font état d’effets persistants. Certains dénonçant depuis plusieurs mois des cas d’intoxication au cyanure.

À la recherche du cyanure
Le 10 février dernier, l'avocate Raquel Garrido met le sujet du cyanure sur la table en partageant ses symptômes post-manifestation (douleurs, vomissement, migraine) sur les réseaux sociaux. «Selon mon médecin, cela ressemble un empoisonnement à l’acide cyanhydrique», affirme-t-elle.
Les symptômes décrits par Raquel Garrido restent proches de ceux provoqués par une exposition au 2-Chlorobenzylidènemalononitrile, le gaz utilisé dans les lacrymogènes (aussi appelé gaz CS), selon la fiche toxicologique de l’INRS. Le témoignage de l’avocate est dénoncé, et parfois moqué, dans des médias et un syndicat de police.

Début avril, le collectif SOS ONU, qui s’est donné pour mission de recueillir des témoignages de violence policière afin de compléter le dossier déjà déposé au Haut-Commissariat des Droits de l’Homme, ajoute sa pierre à la polémique en publiant sur sa page Facebook des résultats d’analyses sanguines et urinaires de manifestants. Certains montrent des taux de thiocyanates dans les urines ou dans le sang supérieurs aux valeurs de référence. Parmi les deux tests publiés, l’un affiche 15,9 mg/L de thiocyanate dans le sang (contre 7,5 mg/L de référence chez les fumeurs) et l’autre affiche 31,4 mg/L dans les urines (contre 25 mg/L de référence chez les fumeurs).

Or le thiocyanate est produit par le corps humain en cas d’exposition au cyanure. Ce qui a conduit SOS ONU à écrire «Analyses CYANURE POSITIF !!» et à lancer une campagne pour demander aux personnes présentant des symptômes persistants après une exposition aux gaz lacrymogènes de réaliser le test au thiocyanate dans le sang, dans l’espoir de démontrer une intoxication au cyanure due aux gaz lacrymogènes.

Que disent les tests ?
CheckNews a contacté le docteur François Parant, médecin au laboratoire qui a effectué les analyses publiées par SOS ONU. Il confirme que son laboratoire a reçu bien plus de demandes de dosages de thiocyanates que d’habitude depuis décembre 2018. La véracité des documents publiés n’est pas remise en cause, mais les concentrations retrouvées, bien que parfois supérieures aux valeurs de référence du laboratoire, ne permettent pas, selon lui, de caractériser une intoxication au cyanure.

«Dans notre laboratoire, nous réalisons les dosages des thiocyanates sériques [dans le sang, ndlr] et urinaires par technique colorimétrique. L’indication usuelle est la documentation d’une exposition aux cyanures suite à un incendie. La méthode utilisée manque néanmoins de spécificité ; les résultats doivent être interprétés au regard d’analyses biochimiques complémentaires et de la clinique», explique François Parant.

Au centre anti-poison de Lyon, le docteur Jean-Marc Sapori confirme également avoir été sollicité par des personnes exposées au gaz lacrymogène et pensant être intoxiquées par du cyanure. «Jusqu’à présent, tous les cas rapportés à notre centre présentent logiquement des signes irritatifs classiques, parfois associés à d’autres signes, très divers, mais ne pouvant être imputés à une intoxication manifeste au cyanure», explique-t-il à CheckNews.

Les tests complémentaires
Pour caractériser la présence de cyanure dans le sang des manifestants, certains membres de SOS ONU ont voulu aller plus loin que les tests en laboratoire, proposant donc de réaliser des analyses sanguines pendant les manifestations. Une vidéo a été postée sur YouTube pour expliquer la démarche.



La pratique de ces tests a généré de vifs désaccords au sein du collectif et, aujourd’hui, la page Facebook SOS ONU dénonce cette pratique aux côtés des street medics.

CheckNews a contacté le médecin belge Renaud Fiévet qui supervise les prises de sang en question sur le terrain. «Les prises de sang sont effectuées dans le respect des protocoles de la haute autorité de santé, par des infirmières diplômées», affirme-t-il.

Les tests en question sont fournis par la société suisse CyanoGuard et commercialisés depuis 2018. «Après avoir échangé avec le fabricant, nous avons décidé de doubler quantité de sang testé afin d’abaisser le seuil de détection», confie Renaud Fiévet.

Le célèbre gilet jaune Maxime Nicolle s’est livré au test, et en a publié le résultat le 1er mai «une heure après exposition aux gaz». Il assure à CheckNews, et dans un live, que le test s’est déroulé dans de bonnes conditions d’hygiènes. CheckNews a envoyé par mail la photo du test de Maxime Nicolle au fabricant du kit, qui confirme un résultat positif au cyanure.
Ce résultat permet-il de conclure quoi que ce soit? Notons que ce test n’a pas été effectué avant la manifestation pour comparer un résultat avant et après exposition. Par ailleurs, Jérôme Langrand, médecin toxicologue au Centre Antipoison de Paris, est dubitatif sur le test en question. «Il existe des dosages fiables, réalisés par des laboratoires reconnus, pour doser le cyanure dans le sang. Pourquoi faire appel à des bandelettes moins validées scientifiquement ?» Dans le protocole pour établir une intoxication au cyanure, les médecins demandent aussi le dosage des lactates sanguins, qui prouvent que le cyanure a bien eu une action biologique. Car une exposition au cyanure n’est pas en soit synonyme d’une intoxication, on retrouve des doses de cyanure ou thiocyanate dans le sang de la population générale.

Les gaz lacrymogènes contiennent-ils du cyanure ? L’hypothèse du métabolisme
Par aileurs, à ce stade, si on connaît l’exposition au cyanure par la cigarette, l’alimentation, ou encore les incendies, rien ne vient valider l’hypothèse de la présence de cyanure dans le gaz lacrymogène.

Sollicitée par CheckNews, la direction générale de la police nationale affirme qu'«aucune trace de cyanure d’hydrogène n’a été détectée lors des tests effectués sur les engins utilisés par la police comme la gendarmerie». Une réponse qu’elle avait déjà faite à France Info ou LCI.

L’hypothèse du métabolisme
L’hypothèse la plus répandue est la modification du gaz CS dans le corps humain. L’idée est que le CS serait en partie transformé par le métabolisme en cyanure d’hydrogène puis en thiocyanate. Le schéma explicatif ci-dessous avait été publié par SOS ONU en avril.
Ce mécanisme ne sort pas de nulle part. La transformation du gaz CS en cyanure est même démontrée chez les animaux en cas de forte exposition au CS. La réalité de ce phénomène chez l’homme a donc été étudiée. Après évaluation, son rôle dans la toxicité du gaz CS a été écarté.

En 2001, une revue de littérature (résumé du savoir existant sur un domaine) intitulée «Agents de contrôle des émeutes : pharmacologie, biochimie et chimie», s’est penchée sur la formation de cyanure à partir de CS chez l’homme :

«La formation de cyanure d’hydrogène à partir de CS a été le sujet de plusieurs études chez l’animal et chez l’humain. […] Des études visant à déterminer la quantité de cyanure produite, mesurée par le taux de thiocyanate dans le sang, chez des humains exposés au CS ont été conduites. Les résultats de ces études trouvent des niveaux de thiocyanate plasmiques négligeables». En clair, la métabolisation du CS peut créer du cyanure mais en très petite quantité.

En 2013, le scientifique néo-zélandais Léo Schep publie un article sur le mécanisme d’action des gaz lacrymogènes. Il y écrit que «des niveaux minimums de cyanure et thiocyanate peuvent apparaître dans les urines après une exposition orale ou par intraveineuse au CS». Il ajoute que «dans des circonstances normales, on ne pense pas que suffisamment de cyanure soit libéré pour causer des effets systémiques».

CheckNews l’a contacté pour mettre à jour et préciser son propos : «Le cyanure ne contribue pas à la toxicité du CS, il s’agit d’un sous-produit très mineur issu du métabolisme du CS par le corps».

Enfin, un article plus récent (2016) sur le mécanisme d’action des gaz lacrymogènes ne parle pas du tout d’effet lié au cyanure. Son auteur, Sven-Eric Jordt, affirme à CheckNews qu'«il n’y a pas de preuve d’une intoxication au cyanure due aux gaz lacrymogènes».

Notons enfin que la question du cyanure n’est évoquée ni par le site Désarmons-les, un collectif «contre les violences d’État» dans son article de 2018 (Ce qu’il faut savoir sur les lacrymo) ni par la Coordination des premiers secours (qui regroupe les street medics) dans son article de 2019 Le gaz lacrymogène, ses effets et comment s’en protéger.

Des victimes dues à une surexposition ?
La dangerosité des gaz lacrymogènes est avérée sans aller chercher une intervention du cyanure. Les effets du CS vont du picotement dans les yeux et la gorge à faible concentration et en cas d’exposition courte au risque mortel (très rare) en cas de forte concentration dans un milieu confiné sans possibilité de fuite. Les victimes auxquelles CheckNews a pu parler dans le cadre de cette enquête évoquent des symptômes qui persistent plusieurs semaines. Elles ont été exposées toutes les semaines aux gaz et parfois pendant plusieurs minutes sans pouvoir sortir du nuage. Des conditions qui s’éloignent des circonstances habituelles.

Mediapart a récolté plusieurs témoignages faisant état «de problèmes de santé liés à l’utilisation massive et répétée du gaz lacrymogène». En effet, le nombre de munitions tirées et la récurrence des mouvements toutes les semaines amènent les manifestants dans des niveaux d’expositions élevés et aux conséquences peu documentées.

«D’éventuelles conséquences à long terme des expositions au gaz lacrymogènes peuvent être envisagées, en particulier au niveau respiratoire (broncho-pneumopathies chroniques obstructives…) dans le cas d’expositions importantes et répétées, mais elles sont relativement peu documentées dans la littérature (souvent lors d’expositions professionnelles d’ailleurs)», explique Jean-Marc Sapori.

Dans son guide toxicologique publié en 2003, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), note que «La toux et la dégradation de la fonction respiratoire engendrées par une exposition au CS peuvent se prolonger pendant plusieurs mois. […] Toutefois, ces effets s’observent généralement lorsque les individus ont été exposés au CS de manière prolongée dans un espace confiné ou lorsqu’ils souffrent d’une maladie pulmonaire préexistante» (en page 176).

Une enquête de suivi nécessaire
Trois articles scientifiques de 2017, 2014 et 2015 soulignent les potentiels effets «sérieux» du gaz CS sur la santé humaine (sans parler de cyanure) et le manque de données de qualité sur le sujet. Les chercheurs pointent du doigt les limites des données existantes sur les effets des gaz lacrymogènes et appellent à plus de recherches sur le sujet.

Interrogé par CheckNews, Sven-Eric Jordt, chercheur à la Duke University School of Medicine, regrette «l’écart entre la hausse de l’utilisation des gaz lacrymogènes par les gouvernements et la faiblesse des recherches sur leurs effets». Il aimerait voir menées «des études de suivi».

Jean-Marc Sapori plaide aussi pour un suivi du sujet, eu égard au caractère inédit du mouvement des gilets jaunes : «Nous sommes face à un cas atypique d’exposition répétée sur de nombreuses semaines aux gaz lacrymogènes qui mériterait une enquête épidémiologique sérieuse afin de mieux décrire les conséquences sanitaires de cette exposition chronique».

Une situation exceptionnelle décrite par la coordination premier secours qui parle de manifestants se trouvant «soudain noyés dans le gaz lacrymo, avec plus d’une cinquantaine de palets fumant en même temps». Des conditions aggravées par les «techniques dites «de nasse» où les manifestants (et de malheureux passants) se trouvent pris au piège, sans aucune échappatoire, dans un air irrespirable». Dans de telles situations, les victimes de ces gaz «sont pliées en deux, cherchant de l’air contre les murs des bâtiments, voire prostrées au sol, apeurées, aveuglées, incapables de reprendre leur respiration».

Si vous souhaitez signaler des cas de séquelles durables en raison de l’exposition aux gaz lacrymogènes, la rédaction de Checknews est joignable par mail sur checknews@libe.fr ou sur twitter: @CheckNewsfr.

Le consulat français de Genève peint en jaune pour dénoncer les violences policières

’action a été revendiquée par le groupe G.I.L.E.T, qui dénonce les violences policières à l’encontre des gilets jaunes, de même que la vente des flashballs par la Suisse à la France.

La façade du Consulat de France à Genève a été tachée de peinture jaune dans la nuit de lundi à mardi par deux individus en solidarité avec des gilets jaunes français. «Nous avons déjà porté plainte», nous indique-t-on au consulat qui n’a pas souhaité commenter davantage. L’action a été revendiquée sur le site renversé.co par le G.I.L.E.T (Groupe Intergalactique des Luttes Emancipatrices Transfrontalières). Ses auteurs dénoncent les violences policières

Gilets jaunes: à quoi s'attendre pour ce 26ème samedi de mobilisation

Une semaine après la plus faible mobilisation enregistrée depuis le début de leur mouvement, les gilets jaunes tenteront ce samedi de remobiliser en province.
A l'approche des élections européennes et quelques jours avant de fêter six mois de marches hebdomadaires et occupations de ronds-points, les gilets jaunes se cherchent un nouveau souffle après un acte 25 ayant mobilisé, dans la foulée du 1er mai, moins de 19.000 personnes selon un décompte du ministère de l'Intérieur régulièrement contesté par les manifestants. Deux manifestations d'ampleur sont annoncées à Lyon et Nantes.

A Nantes, 500 ultras attendus
Environ "2.000 manifestants dont 500 ultras" sont attendus samedi à Nantes pour le 26e samedi de mobilisation des gilets jaunes, a annoncé vendredi la préfecture de Loire-Atlantique, qui déploiera un dispositif de forces de l'ordre "jamais atteint" dans la ville depuis le début du mouvement.

"Nous anticipons demain (samedi) le rassemblement de 500 membres de l'ultra-gauche, ils ont appelé à un rassemblement massif et déterminé", a déclaré Claude d'Harcourt, le préfet de Loire-Atlantique, en conférence de presse.

"Ces ultras sont des acteurs qui veulent attaquer les forces de l'ordre, les symboles de notre société c'est-à-dire nos institutions", ainsi que les acteurs économiques, a-t-il ajouté, précisant avoir été informé "d'achats dans des officines spécialisées, notamment de mortiers agricoles qui sont des armes par destination extrêmement dangereuses" car assourdissantes.

"Nous aurons un niveau de forces de l'ordre (...) jamais atteint sur Nantes depuis 25 épisodes", a souligné le préfet, qui a refusé toutefois de communiquer les effectifs exacts. "Nous demandons à ceux qui veulent manifester pacifiquement de ne pas mettre en œuvre leur intention", afin de "ne pas donner prise à ceux qui veulent en découdre".

Jérôme Rodrigues présent à Lyon
La capitale des Gaules a également été désignée comme principal lieu de rassemblement des gilets jaunes. La figure médiatique des gilets jaunes, Jérôme Rodrigues, gravement blessé à un œil lors d'une précédente manifestation, devrait participer à ce rassemblement.

"La manifestation a été déclarée, et son parcours évitera les zones interdites par la préfecture. Le rendez-vous est donné place Bellecour dès la mi-journée pour un départ à 14h00", a indiqué Fabrice, de l'inter-coordination gilets jaunes du Rhône, qui dit attendre 9000 participants. Un barbecue géant, autorisé par la préfecture jusqu'à 23h, sera organisé au parc Gerland.

Difficile toutefois d'anticiper l'affluence réelle, les manifestations nationales organisées en régions ayant été diversement suivies. Sur Facebook, l'événement rassemble 5200 personnes intéressées.

A Paris, une manifestation en soutien aux enseignants
Comme chaque semaine, les gilets jaunes marcheront aussi à Paris, cette fois au départ de Jussieu "en soutien aux enseignants" pour protester contre la loi Blanquer, deux jours après une mobilisation nationale des fonctionnaires soutenue par les gilets jaunes.

Sur l'événement Facebook "Acte 26 GJ contre la loi Blanquer / soutiens aux enseignants", 441 personnes se sont dites intéressées. Les organisateurs ont déclaré en préfecture la manifestation, qui passera notamment par la place d'Italie avant de se disperser au niveau de la Bibliothèque François Mitterrand.

A Strasbourg, un rassemblement devant un meeting de Nathalie Loiseau
A Strasbourg, le groupe "Gilets Jaunes Alsace" appelle à se rassembler samedi devant le Palais des congrès, où la tête de liste LaREM pour les européennes, Nathalie Loiseau, tient un meeting dans l'après-midi avec Edouard Philippe. Le texte de l'appel évoque un "contre-meeting" face au "parti de Macron, président des riches", qui "vient ce samedi faire sa propagande".

"Faisons entendre nos revendications à cette occasion, car ce sont celles de la majorité de la population, contrairement à leur enfumage permanent destiné à protéger les puissants", écrivent les organisateurs de la manifestation sur la page Facebook dédiée à cet événement.

Des interdictions de manifester
A Paris, la préfecture a de nouveau fermé l'accès aux Champs-Elysées, dans un périmètre comprenant l'Elysée et l'Assemblée nationale, ainsi que le secteur de Notre-Dame.

A Lyon, face aux risques de "troubles à l'ordre public" selon le préfet du Rhône, le périmètre d'exclusion a été élargi à quatre zones commerçantes. Outre les artères commerçantes de la Presqu'île, l'interdiction de manifester concerne les quartiers des gares Part-Dieu et Perrache, ainsi que dans le Vieux-Lyon.

Pour la marche de Nantes, la préfecture de Loire-Atlantique a aussi étendu la ceinture d'interdiction dans le centre-ville. Le dispositif comporte également, pour la première fois, des contrôles préventifs routiers et ferroviaires dès vendredi soir aux abords en Loire-Atlantique et dans les départements limitrophes, selon la gendarmerie.

Des périmètres seront également interdits aux manifestants dans les centre-villes de Lille, Dijon, Toulouse, Rouen, Bordeaux, ou Orléans.

Climat : "À 1,5 degré de plus, la moitié de l'humanité va mourir", alerte Fred Vargas

Dans son nouveau livre intitulé "L'humanité en péril, virons de bord" (Flammarion), Fred Vargas s'attaque aux crimes contre la planète.

L'auteur Fred Vargas range ses polars pour s'attaquer au péril climatique et à la pollution. Elle publie L'humanité en péril, virons de bord (Flammarion), dans lequel elle a pour ambition d'informer la population du danger qui la guette. Fred Vargas explique qu'à 1,5 degré de plus de réchauffement climatique, la moitié de l'humanité mourra. Elle affirme aussi que lors de la COP 24, les dirigeants politiques ont sciemment décidé de sacrifier un quart de plus de la population mondiale en s'autorisant à aller jusqu'à +2 degrés.

franceinfo : Plus vous creusez, plus vous vous dites qu'on ne sait pas grand-chose ?

Fred Vargas : Les gens connaissent surtout des généralités. Ils savent que la Terre se réchauffe, qu'il y a des espèces qui meurent, qu'il y a moins d'oiseaux, moins d'insectes, moins de poissons etc. Or, sur la biodiversité, les gens se disent : "Bon c'est triste mais ce sont des animaux". Non. En deçà d'un certain seuil de biodiversité, l'homme ne pourra pas survivre. Il y est intimement lié. De même, en deça d'un certain seuil de déforestation, l'homme ne pourra pas survivre non plus.

Cela vous met en colère de voir que nous n'avons pas vraiment de réaction ?

On n'a pas de réaction parce qu'on n'a pas été informé. Les gens n'ont pas été informés sur ce débat : est-ce qu'on va jusqu'à +1,5 degré de température sur Terre (on est déjà à +1,1) ou est-ce qu'on va jusqu'à deux degrés ? Le Giec, le groupe intergouvernemental d'experts sur le climat, ce ne sont pas des nains de jardins, a durcit ses positions scientifiquement en disant : "il est hors de question de dépasser 1,5 degré, hors de question d'aller jusqu'à 2 degrés." 1,5 degré les gens se disent : "bon, il fera plus chaud en Bretagne, sympa". L'année dernière, à seulement +1,1 degré, on a perdu 12% à 20% des récoltes agricoles donc vous imaginez que plus la température augmentera, plus les cultures agricoles vont baisser, plus le niveau des fleuves vont baisser, mettant en danger le refroidissement continu des centrales nucléaires qu'il va falloir mettre à l'arrêt en anticipant.

Pourtant cela fait des années que les médias en parlent. On ne mesure pas, on ne connaît pas ou il n'y a pas de réaction ?

Les gens n'ont pas le temps de faire le boulot que j'ai fait. Moi, j'ai le temps. J'ai lu plus d'un millier de sources parmi lesquelles j'ai trié, séparé, enlevé ce qui n'était pas fiable. Si on n'est pas informé, on n'est pas prêt à agir. Informer, c'est ce que devraient faire les gouvernants. Ce sont nos élus qui sont responsables de nos vies, de nos destins. Ils ne nous disent pas ce qu'a dit le Giec : à +1,5 degrès, on y sera vers 2030-2035, le quart du globe sera impacté et la moitié de l'Humanité, 4 milliards d'individus, sera en péril vital, autrement traduit, va mourir de chaud, de faim, de soif, d'épidémies.

Vous trouvez qu'il y a une irresponsabilité générale des dirigeants ?

Totale. Qu'est-ce qui s'est passé à la COP 24 ? Ils ont décidé d'aller jusqu'à 2 degrés c'est-à-dire d'impacter un quart de plus de l'Humanité, d'impacter les trois quarts de l'Humanité, de la faire mourir. C'est un choix qui a été fait. Donc il faut absolument abattre les lobbies, abattre le lobby agro-industriel. Il faut se rendre compte qu'un kilo de bœuf, ça représente une consommation de 13 800 litres d'eau. Même un morceau de sucre blanc, c'est 7 litres d'eau !

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