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Réchauffement climatique : entre la Zambie et le Zimbabwe, les chutes Victoria s'assèchent

À la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, les chutes Victoria, d'ordinaire tumultueuses, sont presque à sec. Le débit d'eau est descendu à son plus bas niveau depuis 1995. En cause : la pire sécheresse dans la région depuis près d'un siècle. Principale attraction de la région, l'état actuel des chutes Victoria, aujourd'hui asséchées, inquiète dans le secteur du tourisme.

De plus, le débit du fleuve Zambèze, est trois fois plus faible qu'en 2018, ce qui a pour conséquences de déstabiliser les écosystèmes, d'entraîner des pénuries d'eau chez les populations locales et des coupures de courant dans cette zone où l'énergie hydraulique est très développée. Cette sécheresse ne peut pas être directement reliée aux changements climatiques mais selon les experts du GIEC, ces phénomènes sont voués à être plus fréquents et plus intenses dans certaines régions si rien n'est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre



Ouragans destructeurs, typhons, canicules… quels pays sont les plus durement touchés ?

Ces phénomènes extrêmes ont tué plus de 500 000 personnes dans le monde ces 20 dernières années.

Au cours des 20 dernières années, voici les trois territoires les plus durement touchés par des phénomènes extrêmes.

À Haïti, chaque année en moyenne, les catastrophes naturelles ont tué 274 personnes et entraîné 350 millions d'euros de dommages. Au total, 78 événements météorologiques extrêmes ont frappé le pays entre 1999 et 2018. Parmi les plus destructeurs : l'ouragan Jeanne en 2004 et l'ouragan Sandy en 2012. Le Myanmar compte 7052 morts par an en moyenne : c'est ce que causent les catastrophes météorologiques dans ce pays d'Asie du Sud-Est. En 2008, le cyclone Nargis a causé à lui seul la mort d'environ 140 000 personnes. Dommages économiques annuels : 1807 millions d'euros. Enfin, Porto Rico compte 25 événements météorologiques extrêmes qui ont été recensés entre 1999 et 2018.

Ce classement est celui de l'Indice mondial des risques climatiques publié par l'ONG Germanwatch. À cause du changement climatique, plusieurs de ces phénomènes extrêmes sont plus fréquents et plus intenses. Par exemple, la probabilité de canicule en Europe est 10 à 100 fois plus forte aujourd'hui qu'il y a un siècle. Pour l'année 2018, les pays les plus touchés ont été l'Allemagne qui a subi une forte canicule avec l'année la plus chaude jamais mesurée. Puis, il y a les Philippines : l'archipel a été frappé en septembre par le typhon de catégorie 5, Mangkhut.

En première position arrive le Japon : trois événements exceptionnellement forts ont frappé le pays cette année-là. De fortes pluies ont provoqué des coulées de boue et des crues impressionnantes. Puis, durant l'été une vague de chaleur a également causé la mort de 138 personnes et l'hospitalisation de 70 000 autres. Deux mois plus tard, le pays est ensuite frappé par le typhon Jebi, le plus puissant mesuré au Japon depuis 25 ans.




Pic de pollution : Lyon en vigilance rouge

Le pic de pollution aux particules fines se poursuit à Lyon. La vigilance rouge est activée.
La concentration de particules fines se fait plus forte sur la métropole de Lyon. Selon Atmo-Auvergne-Rhône-Alpes, "Des inversions de température très marquées et l'absence de vent favorisent en effet le maintien des polluants près du sol". Dans ce contexte la vigilance rouge est activée.

Les vitesses restent abaissées à 20 km/h sur tous les axes routiers du département où la vitesse limite autorisée est normalement supérieure ou égale à 90 km/h, pour tous véhicules à moteur. Pour les axes sur lesquels la vitesse est limitée à 80 km/h, l’abaissement est porté à 70 km/h. Par ailleurs une liste de mesures a été prise, notamment relatives au secteur agricole, industriel, du BTP et résidentiel.

En raison du contexte marqué par la Fête des Lumières et les grèves dans les transports qui réduisent le champ des alternatives à la voiture, le préfet a décidé de ne pas mettre en place la circulation différenciée.

Pollution de l'air : ces villes qui aident les habitants à mieux respirer

Chaque année, 67 000 décès sont attribués à la pollution atmosphérique comme le révélait une étude parue dans la revue European Heart Journal en mars 2019. Ce mercredi 11 décembre, l'association Greenpeace, l'Unicef et le Réseau action climat dressent le constat des actions menées localement pour garantir un air respirable aux Français comme le rapporte Le Parisien. Au total, l'ONG a passé au crible les initiatives de douze grandes villes. Elle distribue bons points et bonnets d'âne.

Lire aussi Un recours devant le Conseil d'État contre la pollution de l'air dans le métro

En haut du podium, trois villes décrochent la mention « en bonne voie » : Paris, Grenoble et Strasbourg. La capitale se place sur la première marche du classement en raison notamment de « sa zone à faibles émissions, déjà opérationnelle sur une partie du territoire métropolitain ». Comme le rapporte le quotidien, l'ONG salue également l'extension des zones piétonnes et la « fermeture des voies sur berge sur la rive droite ». La ville de Grenoble est félicitée pour la réduction de la place de la voiture et les aides financières à la transition. En troisième position, Strasbourg se distingue avec son premier réseau cyclable de France. « La politique d'amélioration de la qualité de l'air de Strasbourg a permis entre 2009 et 2015 de réduire le nombre d'habitants exposés à des dépassements de valeurs limites de particules fines (de 17 920 à 960 personnes) et de dioxyde d'azote (de 14 830 à 11 000) », estime l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) citée par Le Parisien.

« L'offre de stationnements est limitée »
Greenpeace place les villes de Lyon, Nantes, Bordeaux, Lille, Rennes et Toulouse dans la catégorie « encore timide ». Concernant la place du vélo, Lille pointe à la sixième place. « Le projet de réseau express vélo reste à concrétiser et l'offre de stationnements est limitée », rapporte Le Parisien. « Lyon, Lille, Bordeaux, Nantes ou Toulouse, elles ont toutes plus ou moins avancé sur certains aspects, mais restent dans le ventre mou de ce classement, car leur politique de lutte contre la pollution de l'air est trop timide en matière de transports », argumente Sarah Fayolle, chargée de campagnes transports à Greenpeace citée par Le Parisien.

Lire aussi Moins il y a de pollution, moins nos enfants souffrent d'asthme

Montpellier, Nice et Marseille ferment le classement. Greenpeace charge Montpellier, estimant que la ville a « pris du retard sur la réduction de la place de la voiture » et qu'il n'y a eu « aucune évolution notable vers les 30 km/h ». Nice et Marseille parviennent toutefois à décrocher un bon point concernant les aides financières à la transition. La cité phocéenne occupe la 12e place de classement

L’utilisation massive de gaz lacrymogènes inquiète les scientifiques du monde entier

Enquête 2/3 — L’utilisation massive des gaz lacrymogènes pour réprimer les foules est alarmante : aspergés en grande quantité, de manière répétée, ou dans des milieux confinés, ils se révèlent dangereux comme le montrent plusieurs études scientifiques.

Cet article est le deuxième d’une enquête en trois volets sur l’impact des gaz lacrymogènes sur la santé. Pour lire le premier, c’est ici.
Venue à Paris pour le premier anniversaire des Gilets jaunes, Nelly a connu un lendemain de fête douloureux. Diarrhées, nausées, vomissements, grosse fatigue, perte d’appétit, mal de tête… « J’ai perdu trois kilos », a-t-elle expliqué à Reporterre quelques jours après la manifestation du 16 novembre dernier. Nelly s’est retrouvée malgré elle nassée place d’Italie. « On a essuyé 2 h 30 de tirs nourris de lacrymos, Flash-Ball, grenades explosives… Tout le monde crachait, pleurait, raconte la jeune retraitée. C’est la première fois que j’étais exposée à autant de gaz, aussi concentrés, car il n’y avait pas de vent et les fumées sont restées stationnaires », poursuit-elle. Le résultat, son médecin l’a constaté à son retour chez elle, près d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Il lui a fourni un certificat médical et prescrit une batterie d’analyses pour vérifier son état de santé général. Dix jours plus tard, elle était toujours affaiblie et les maux de ventre persistaient.

Comme Reporterre l’a constaté au travers de multiples témoignages — auxquels nous avons consacré le premier volet de notre enquête — les gaz lacrymogènes ne provoquent pas que des pleurs et une irritation passagère. Les symptômes constatés chez les Gilets jaunes interrogés sont très divers : allergies, maladies des bronches et des poumons, fatigue extrême, troubles digestifs voire perturbation du cycle menstruel. Pour certains, les effets d’une exposition aux gaz lacrymogènes durent plus d’un mois. Une manifestante a même été hospitalisée.

Les gaz lacrymogènes ont été adoptés pour contrôler les foules, notamment dans les empires coloniaux
Le gaz lacrymogène a été utilisé pour la première fois pendant la Première Guerre mondiale. L’historienne Anna Feigenbaum démontre, dans sa Petite histoire du gaz lacrymogène (éd. Libertalia, 2019) [1] que ce dernier a été promu auprès des gouvernements dès les années 1920 et qu’il a été « assimilé non plus à une arme toxique, mais à un moyen inoffensif de préserver l’ordre public ». Il a peu a peu été adopté pour contrôler les foules, en particulier dans les empires coloniaux, ou ensuite pendant la guerre du Vietnam par les États-Unis pour déloger les Viêt-congs des tunnels.

Il est classé parmi les armes chimiques dites « non létales » et désormais interdit dans un cadre militaire par la Convention de Genève de 1993, mais on peut cependant continuer de l’utiliser dans un cadre civil. La substance active choisie par la France est la molécule CS (2-chlorobenzylidène malonitrile). Celle-ci a été découverte en 1928 par deux chimistes britanniques. La très grande marge entre la dose à partir de laquelle elle est irritante et celle à laquelle elle s’avère létale pourrait la faire passer pour inoffensive. Pourtant, son utilisation massive afin de réprimer les foules pose question. Utilisés en grande quantité, de manière répétée, ou dans des milieux confinés, les gaz lacrymogènes peuvent se révéler dangereux et parfois mortels.

L’ONG étasunienne Physicians for Human Rights (Médecins pour les droits humains) avait recensé, en mars 2012, 34 morts en lien avec l’usage des gaz lacrymogènes, depuis le début du soulèvement populaire survenu un an plus tôt au Bahrein. Beaucoup étaient dus à la pénétration des gaz dans les habitations des quartiers abondamment arrosés. Parmi les grenades utilisées, certaines étaient probablement exportées par la France, avec autorisation du gouvernement. À la même période, un documentaire étasunien dénonçait les exportations de grenades au gaz CS vers l’Égypte, déversées chaque jour sur les manifestants lors de la révolution de 2011. Des médecins y rapportaient plusieurs cas de décès attribués aux gaz lacrymogènes.

En 2017, une étude de l’université de Berkeley s’intéressait à leur usage, jusqu’à plusieurs fois par semaine, dans les camps de réfugiés palestiniens. Parmi les conséquences rapportées : crises d’épilepsie, avortements spontanés, fausses couches, problèmes de sommeil, stress aigu et syndromes de stress post-traumatique.

En octobre dernier, des scientifiques de Hong-Kong s’inquiétaient de l’emploi de « plus de 3.000 cartouches » de gaz lacrymogène CS contre les manifestants pro-démocratie, dans un court article publié dans The Lancet. « Dans l’environnement humide subtropical de Hong-Kong, le déploiement de gaz lacrymogènes dans des espaces clos et des stations de métro très fréquentées, à proximité de centres commerciaux, peut exposer les gens à de très fortes concentrations de gaz lacrymogènes pendant un temps prolongé », écrivaient-ils.

« De nombreux rapports indiquent que l’utilisation et le mauvais usage de ces produits chimiques peuvent causer des blessures graves »
Toute une littérature scientifique vient ainsi documenter des cas de patients malades des gaz lacrymogènes, parfois même des décès. Un article de 2017, paru dans la revue BMC Public Health, compile 31 études de 11 pays documentant des dommages causés par des gaz lacrymogènes sur des manifestants. « De nombreux rapports indiquent que l’utilisation et le mauvais usage de ces produits chimiques peuvent causer des blessures graves », indiquent les auteurs. Sur plus de 5.000 cas, ils relèvent notamment deux morts (un pour des problèmes pulmonaires et un dû à l’impact de la grenade). 58 cas « d’incapacité permanente » sont aussi signalés, dont 14 personnes avec des symptômes psychiatriques persistants, et 23 avec des problèmes respiratoires chroniques. 8 % des problèmes de santé documentés « étaient sévères et ont nécessité une intervention médicale professionnelle », indiquent-ils encore. « Nos recherches démontrent qu’il y a un sévère risque de mauvais usage » des armes chimiques en manifestation, concluent-ils. « Elles peuvent potentiellement porter atteinte aux libertés en causant des blessures, en intimidant les communautés et en menant à une escalade de la violence. »
Une équipe proche des Gilets jaunes, rassemblant médecins, infirmières et Alexander Samuel, un docteur en biologie, a collectionné les articles scientifiques rapportant les effets du CS. Une bibliographie que Reporterre a pu éplucher. Des décès sont signalés, en particulier dans des cas où les personnes étaient dans des lieux clos, comme les prisons.

La peau, les yeux et les poumons sont particulièrement touchés. Ainsi, pour la peau, les réactions recensées vont de la rougeur à la brûlure, en passant par l’eczéma, l’apparition de croûtes et des réactions allergiques. Autre cible privilégiée, les yeux. « Chez des personnes exposées, j’ai soigné des conjonctivites ou des œdèmes de cornée [la cornée enfle, on voit trouble]. En général, au bout de dix jours, les symptômes passent », explique Christiane Blondin, ophtalmologue membre de l’équipe qui a travaillé sur les effets pour les yeux. « La littérature scientifique rapporte des problèmes durables à la vision, notamment des risques de cataracte. J’ai envoyé ces informations à la Société française d’ophtalmologie, j’attends leur retour. » Pour les poumons, une étude de scientifiques turcs sur les conséquences à long terme chez 93 patients régulièrement exposés aux gaz lacrymogènes lors de manifestations donne une idée du tableau : « débit expiratoire » diminué, bronchites chroniques augmentées, toux et douleurs à la poitrine durant parfois plusieurs semaines. Du côté du système digestif, nausées et vomissements ont également été documentés. Ces symptômes digestifs et respiratoires correspondent à ceux décrits dans les témoignages recueillis par Reporterre.

« Les effets du CS dépendent de la concentration du produit, de la durée d’exposition, du contexte, mais aussi de la personne, notamment si elle a des antécédents respiratoires », résume Jean-Marc Sapori, toxicologue au centre anti-poison de Lyon. L’exposition quasi hebdomadaire des Gilets jaunes lui a apporté quelques patients. « J’en ai envoyé aux urgences pour une ulcération cornéenne » (une blessure sur la cornée de l’œil), indique-t-il. Pour les effets à long terme, il signale avant tout l’effet sur les poumons : « Une exposition répétée, comme celle des Gilets jaunes qui manifestent tous les samedis, va faire que le temps de récupération des bronches et des poumons sera de plus en plus prolongé. Si on s’expose à nouveau alors que l’on n’a pas récupéré de la semaine précédente, on peut à terme développer de l’asthme ou une BPCO [bronchopneumopathie chronique obstructive, maladie chronique inflammatoire des bronches]. En hiver, s’il y a contact avec un virus, cette irritation peut être un terrain favorable pour une infection. »

Une autre utilisation répétée en France, moins médiatisée, est celle faite sur les migrants. En 2018, le Défenseur des droits avait dénoncé « un usage parfois injustifié du gaz lacrymogène ».

Aucun problème de santé selon les forces de l’ordre
Autant de données qui tranchent avec le discours officiel sur le sujet. « Les gaz lacrymogènes, cela fait pleurer, cela fait tousser. Si un risque était avéré, le ministère de la Santé aurait pris des mesures pour interdire ce produit », nous indique le Service d’information et de communication de la police nationale (Sicop). « Par ailleurs, nous n’avons aucune remontée de problèmes de santé liés aux gaz lacrymogènes au sein des forces de l’ordre. » On nous confirme par ailleurs que les grenades lacrymogènes peuvent être utilisées sans restriction de quantité. Le tout est de respecter le « cadre légal ».
Reporterre a tenté de savoir si leur utilisation a augmenté depuis le début du mouvement des Gilets jaunes. « On sait combien de grenades sont utilisées à chaque manifestation, il y a des rapports », nous apprend Jean Cavallero, délégué national des CRS du syndicat Alliance. Mais il faut l’accord de la direction générale pour communiquer. » Contacté, le ministère de l’Intérieur ne nous a pas encore répondu. « L’utilisation a augmenté depuis les Gilets jaunes », indique cependant M. Cavallero, confirmant un constat largement partagé par tous les observateurs des mouvements sociaux. Beaucoup font débuter cette montée en intensité aux manifestations contre la loi Travail, en 2016.

À l’international, « les manifestations qui ont ébranlé le monde ces dernières années ont fait exploser les ventes de gaz lacrymogène », écrivait dans le Monde Diplomatique en mai 2018 l’historienne Anna Feigenbaum. « Quels dommages cause-t-il à ses victimes ? Quels problèmes pose-t-il en matière de santé publique ? Nul ne le sait, car personne ne s’en soucie. Dans aucun pays il n’existe d’obligation légale de recenser le nombre de ses victimes. Aucune obligation non plus de fournir des données sur ses livraisons, ses usages, les profits qu’il génère ou sa toxicité pour l’environnement », poursuivait-elle. Alors qu’il tentait de connaître la formule précise (avec les additifs qui peuvent influencer la puissance du gaz) des grenades lacrymogènes, un journaliste de Reporterre s’était vu opposer un silence assourdissant sur le sujet. Plus récemment, au salon Milipol, les deux principaux fournisseurs de l’État français, Alsetex et Nobel Sport, ont refusé de répondre à Reporterre.

Mais que l’on se rassure, l’État français gère rigoureusement ses stocks. « Parfois ils diminuent, mais on complète toujours assez vite », indique Jean Cavallero, délégué national des CRS du syndicat Alliance.


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Pollution industrielle: trois fois plus de cancers à Fos-sur-Mer

Etude d'imprégnation environnementale des populations de Fos-sur-Mer


Santé / environnement


Les habitants de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône sont particulièrement exposés à la pollution industrielle.
Aux alentours, 17 sites classés Seveso. Les habitants de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône, deux villes situées au bord d'une zone industrialo-portuaire près de Marseille, souffrent davantage d'asthme, de diabète ou de cancer que la population française en moyenne, révèle une étude. Réalisée par des chercheurs indépendants et financée dans le cadre d'un appel à projets de recherche géré par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), l'enquête a établi ses conclusions à partir de questionnaires auxquels ont répondu 816 personnes de la zone de l'étang de Berre.

Affection respiratoire chez un adulte sur deux
Résultat: les affections respiratoires concernent près d'un adulte sur deux, et un enfant sur quatre dans la zone étudiée. "Les habitants sont préoccupés par la qualité de leur environnement, les sources locales de pollution, et leur lien avec leur santé. Ils font la chronique d'une pollution devenue ordinaire, de débordements industriels qui se cumulent à d'autres formes d'exposition locale à la pollution", rapporte l'étude.

Les résultats montrent notamment une élévation de l'asthme cumulatif chez les adultes (15,8% de prévalence contre 10% en France), débutant le plus souvent à l'âge adulte.

Cancers et diabètes en pagaille
L'élévation des cancers est aussi significative, notamment chez les femmes de Fos et Port-Saint-Louis, qui à 14,5% ont ou ont eu un cancer, contre 5,4% des femmes en France. Les diabètes tous types sont présents chez deux fois plus de personnes (11,6% contre 6% dans le reste de l'Hexagone).

Quelque 63% de la population interrogée rapporte au moins une maladie chronique (asthme, maladie respiratoire autre que l'asthme, allergie respiratoire autre qu'au pollen, affection dermatologique, cancer, maladie auto-immune, maladie endocrinienne et/ou diabète), contre 36.6% en France.

"Les maladies chroniques et symptômes aigus constituent donc une expérience de santé commune et partagée au sein de la population des deux villes, bien que la plupart des répondants jugent leur santé générale comme excellente ou bonne", conclut l'étude.

Le maire demande à l'Etat de réagir
Les pourtours de l'Etang de Berre sont occupés par l'une des plus importantes zones industrielles d'Europe, liée notamment au raffinage du pétrole et à la pétrochimie. Les habitants du Golfe de Fos sont particulièrement exposés à la pollution générée par ces activités, entre la zone industrielle de Fos et celle de Lavera.

"L'intérêt de cette étude est d'être un lanceur d'alerte de plus, comme l'ont été les autres études menées jusqu'à présent", a observé le maire de Fos-sur-Mer, René Raimondi, dans un communiqué, demandant maintenant "aux services de l'Etat de réagir".

"Si aujourd'hui il y a un problème grave qui menace la santé de nos habitants, il faut le dire et il faut le régler", a enjoint le maire PS.

En septembre 2016, un institut scientifique écocitoyen financé par la mairie a lancé une étude des polluants présents dans le sang et les urines des riverains de la zone industrielle de Fos-sur-Mer pour tenter de mesurer l'impact de la pollution industrielle sur les habitants. Dans le passé, des études menées dans la région de l'Etang de Berre ont montré une surmortalité liée aux maladies respiratoires.

Une étude menée entre 2004 et 2007 par l'Institut de Veille sanitaire (InVS) rattaché au ministère de la Santé a notamment révélé que les pathologies cardiovasculaires, les cancers des poumons, de la plèvre, et de la vessie comme les leucémies aiguës sont significativement élevés chez les hommes vivant autour de l'étang de Berre.

En refusant de réglementer la publicité, le gouvernement sacrifie l’écologie

Depuis lundi 9 décembre, l’Assemblée nationale examine le projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire. Les auteurs de cette tribune déplorent que les principales mesures de réglementation de la publicité en aient été évacuées au prétexte d’attendre un rapport publié… après le vote de la loi.

Résistance à l’agression publicitaire (RAP) est une association qui lutte, depuis plus de 25 ans, contre le système publicitaire et ses effets négatifs, directs et indirects, sur l’environnement et les citoyens. RAP a publié lundi 9 décembre un rapport qui expose les principaux dommages environnementaux de la publicité et formule des préconisations pour les combattre.

C’était officiel depuis 2018 : la « feuille de route » de l’économie circulaire engageait le gouvernement à « renforcer la lutte contre la publicité incitant à la mise au rebut prématurée des produits et au gaspillage des ressources » [1]. En septembre 2019, le projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire était voté au Sénat. Prenant acte des promesses de la feuille de route, des député.e.s de la majorité et de l’opposition ont déposé de nombreux amendements visant à interdire la publicité pour des produits climaticides (SUV, fast-food, textile, smartphones…), à réguler légalement et précisément les contenus publicitaires incitant au gaspillage, ou à interdire les supports publicitaires polluants comme les écrans ou les prospectus. Autant de mesures urgentes pour limiter le gaspillage de biens et d’énergie : on sait aujourd’hui que 88 % des Français.e.s changent leur smartphone alors qu’il fonctionne encore [2], que 9 % des produits textiles sont invendus, ou que la mode des SUV est à elle seule responsable du retour à la hausse des émissions carbone [3]. Qui, sinon les agences publicitaires, lancent ces modes et encouragent ce renouvellement inutile de nos biens ? On sait également qu’un écran publicitaire numérique consomme autant d’électricité que trois familles françaises (hors chauffage électrique), et qu’un quart de la production française de papier est consacrée aux prospectus ! Des objets dont, bien souvent, personne ne veut : en plus d’être inutile, cette surconsommation d’énergie et de ressources nous est imposée. Elle est d’autant plus inacceptable que la précarité énergétique touche environ cinq millions de Français.e.s [4].

Hélas, dans le projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire actuellement soumis au vote de l’Assemblée nationale, on ne trouve aucun de ces amendements. Ils ont été balayés en commission du développement durable et de l’aménagement du territoire par la secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire, Brune Poirson, ainsi que par la rapporteuse. Celles-ci ont déclaré à maintes reprises vouloir attendre, pour légiférer sur la publicité, la publication d’un rapport commandé par le ministère à des personnalités indépendantes. À tel point que la présidente de la commission leur a réclamé publiquement l’accès à ce rapport. Problème : ce rapport (pour lequel RAP a été auditionnée) doit être rendu… en mars 2020. Soit, après le vote de la loi !

Emmanuel Macron : « Je ne prendrai pas de lois pour interdire les publicités »
La secrétaire d’État et la rapporteuse ont également invoqué, pour éviter de réguler la publicité, la liberté du commerce et de l’industrie, soulignant la valeur constitutionnelle de ce principe. Elles omettent de préciser que l’on peut y déroger, notamment pour des raisons de santé publique — c’est ce qui s’est passé pour la loi Évin, qui interdit la publicité pour le tabac et réglemente la publicité pour l’alcool. Elles négligent aussi le fait que dissuader la consommation de produits nocifs est aujourd’hui un impératif de santé publique. Interdire la publicité pour les trajets aériens intranationaux ou pour les SUV, c’est participer à la réduction de la pollution de l’air, responsable de décès prématurés et de troubles respiratoires. Interdire la publicité pour les fast-foods et les bouteilles en plastique jetables, c’est limiter les déchets et protéger la population des dangers liés à une mauvaise alimentation et aux perturbateurs endocriniens véhiculés par les plastiques [5]. Interdire les écrans publicitaires numériques, c’est protéger la population des troubles liés à la pollution lumineuse… Les exemples abondent, mais le temps manque : comment accepter une telle mise en délai du gouvernement ? Comment comprendre de telles contradictions ?
Ce qui se passe aujourd’hui confirme ce qu’Emmanuel Macron avait affirmé le 28 février 2019 à Pessac (Gironde) en disant : « Je ne prendrai pas de lois pour interdire les publicités. » Pourtant, en ce moment crucial où a lieu la COP25 à Madrid, et face à l’urgence climatique, il est nécessaire de changer notre mode de vie pour en finir avec la surconsommation. Face à ce désengagement politique majeur, il est de notre responsabilité de nous engager pour faire entendre raison aux décideurs afin de faire interdire ces publicités nocives pour la société et l’environnement.

Considérant que réglementer la publicité est une urgence sociale, environnementale et démocratique, RAP a publié lundi 9 décembre son propre rapport, qui expose les principaux effets environnementaux de la publicité et formule des préconisations pour les combattre :

interdire les contenus publicitaires incitant à la dégradation, à la mise au rebut, au non-entretien et au remplacement prématuré des biens, ainsi que les messages publicitaires incitant à racheter plutôt qu’à réparer et à recycler plutôt qu’à réemployer ;
interdire la publicité pour certains produits dont la consommation de masse est particulièrement nocive pour l’environnement : les SUV, les vols intranationaux, la restauration rapide, les bouteilles d’eau en plastique jetable, le textile d’habillement, les smartphones ;
interdire les supports énergivores et imposés : écrans numériques, prospectus. Plus généralement, l’association condamne l’autorégulation de la publicité, milite pour confier le contrôle des contenus publicitaires à une autorité légitime, efficace et indépendante, et pour réduire la pression publicitaire dans nos vies quotidiennes.

« La grève est écologique : elle limite la production »

Reporterre - Avez-vous manifesté jeudi 5 décembre ?

Geneviève Azam - Oui, j’étais en déplacement pour une conférence à Lorient et j’en ai profité pour manifester dans cette ville de tradition ouvrière. Le cortège était très syndical mais certains portaient aussi des Gilets jaunes. Il y avait 10.000 personnes. C’était historique ! On n’avait pas vu ça à Lorient depuis la grève générale de 1995 contre la réforme des retraites d’Alain Juppé. Pareil à Toulouse, là où j’habite, les retours ont été très positifs. 50.000 personnes ont défilé dans la rue, jeudi dernier. Le cortège faisait six kilomètres de long avec un public très varié, des syndicalistes, des écolos, des Gilets jaunes.

Comment analysez-vous cette mobilisation ?

On sent qu’elle est marquée par les luttes récentes. Ces dernières années, une détermination s’est construite, qui va au-delà de la grève, avec des formes d’action et de décision nouvelles, des assemblées, des occupations... La grève sous sa forme traditionnelle est importante, mais elle n’est pas le seul outil.

Par exemple, jeudi, il y a aussi eu des blocages de magasins et de ronds-points. Cela faisait directement écho aux Gilets jaunes et aux actions de désobéissance civile menées par les écologistes. Jeudi matin, à Paris, Extinction Rebellion a saboté des trottinettes électriques, en libre service, qui étaient utilisées comme substitut au métro. C’est très intéressant, le discours est multiple : les militants dénoncent à la fois le gâchis écologique de ces trottinettes, l’uberisation du travail et le fait que les start-up qui les mettent à disposition sont des briseurs de grève. Des types d’action similaires émergent un peu partout en France. Cela me fait dire que le mouvement a une autre allure et une autre consistance que celui de 1995.

Qu’est-ce qui distingue le mouvement actuel de celui de 1995 ?

Aujourd’hui, une nouvelle culture de lutte se diffuse et vient irriguer les composantes plus traditionnels du mouvement social, notamment la base syndicale. Entre les temps forts et les grosses grèves, il n’y aura pas de temps morts mais une succession de blocages, de discussions. Il y a quelque chose qui s’est réveillé ces dernières années : avec les Gilets jaunes et avec la situation internationale. Nous ne sommes pas le seul pays dans lequel il y a des rébellions qui prennent des voies quasi insurrectionnelles, à Hong-Kong, au Chili, au Liban... Tout cela marque les esprits et les imaginaires.

En 1995, nous étions plus dans notre bulle et encore sous l’emprise du modèle néolibéral. Ses promesses n’étaient pas épuisées. On pensait que l’on pourrait retrouver des temps plus cléments. Il y avait une nostalgie des Trente glorieuses. On parlait de crise et non pas d’effondrement. Maintenant, c’est fini, on sait qu’il n’y aura pas de retour en arrière, ni de sortie de crise.

La mobilisation dépasse donc largement la question des retraites ?

Tout à fait. Il est significatif qu’alors que nous ne connaissons pas encore le contenu exact du projet de loi , nous soyons déjà dans la rue. L’enjeu n’est plus technique. Je crois que ce qui importe n’est plus la revendication précise, mais comment on reprend globalement en main notre existence, comment on se ré-approprie l’espace politique. Même moi qui suis économiste et qui étais très impliquée contre les précédentes réformes de la retraite en 2003 ou en 2010, là, j’ai suivi d’un œil distrait les positions du gouvernement. Je me sens pas engagée uniquement sur les retraites. C’est plus général.

Qu’est-ce qu’on conteste alors ?

Je dirais « la réforme des retraites et son monde » : L’hôpital tel qu’il est traité, les services publics démantelés, la précarité qui monte, l’ultra libéralisme... Il y a aussi une crise de modèle. On ne peut pas prôner un système des retraites qui serait fondé uniquement sur l’augmentation de la productivité à l’infini. Le défi est d’arriver à penser la solidarité et la justice sans la croissance. D’autant plus que nous avons besoin d’un surcroît de solidarité pour affronter, de manière non barbare, les transformations qui nous attendent, le réchauffement climatique et l’affaissement de la biodiversité.

Quelle forme pourrait revêtir un système social plus écologique ?

Je crois qu’il ne faut pas seulement réfléchir à une meilleure répartition du travail – comme on le faisait il y a dix ans - mais interroger désormais sa qualité et son sens. Si on veut réparer les sociétés et la Terre, il faut mettre en avant des activités qui reposent sur le soin, l’attention, le recyclage. Cette mutation a déjà commencé. De nombreuses alternatives comme l’agro-écologie s’inscrivent dans cette logique


Je pense qu’il faut également changer d’échelle de valeurs comme l’expliquent les écoféministes. L’extraction, la production et l’accumulation ne doivent plus être considérées comme des tâches nobles de la société, le plus souvent dévolues aux hommes. Au contraire, les activités laissées historiquement aux femmes, du fait de la division sexuelle du travail, doivent être revalorisées. Dans le soin, l’éducation, la réparation, se logent les possibilités d’un avenir pas seulement pour les femmes mais pour tous, pour la pérennité de la vie.

Le mouvement actuel marque le retour de la grève. Quelle lien faites vous entre écologie et grève ?

La grève est profondément écologique d’abord parce qu’elle limite la production. Mais pas seulement. La grève est aussi un moment suspendu qui nous libère, une forme de respiration, de pause alors que tout s’accélère autour de nous. La philosophe Simone Weil qui avait vécu les grèves de 1936 parlait de « joie pure et sans mélange ». La grève est une rupture de la solitude, on s’extrait du bruit impitoyable des machines qui opprimait le corps et l’âme. Enfin, les machines se taisent. On prend le temps, on renoue avec la chaleur humaine. La grève permet de retrouver le rythme du vivant face à la cadence du monde industriel. C’est une expérience fondatrice qui porte, en elle, les ferments de la révolte et du soulèvement.

Dans Lettre à la Terre, vous parlez « d’alliances qui nous obligent et des communautés qui surgissent dans le désastre ». En quoi le mouvement actuel esquisse-t-il de nouvelles convergences ?

Je suis assez prudente avec l’idée de convergence des luttes car je crois que ce qui se passe maintenant va bien au delà d’une convergence ou chacun serait avec sa lutte et tenterait de rallier les autres. En réalité, l’ensemble des luttes se contaminent mutuellement. On l’a vu l’année dernière avec les Gilets jaunes et les questions écologiques, c’est un véritable enrichissement. On a enfin brisé ce dualisme construit par le pouvoir qui sépare social et écologie. On a remis de la conflictualité au cœur de l’écologie, pour en faire un combat indissociable des questions de justice sociale. C’est très important et porteur d’espoir pour les mobilisations à venir.

Les gaz lacrymogènes sont dangereux pour la santé. Des manifestants témoignent

Cet article est le premier d’une enquête en trois volets sur les conséquences des gaz lacrymogènes sur la santé.
Ce ne sont pas des gueules cassées de la manif’, ils n’ont pas de cicatrices visibles, de main mutilée, d’œil aveugle à jamais. L’arme qui les a rendu malades est moins impressionnante et moins questionnée que les lanceurs de balles de défense ou les grenades explosives. Pourtant, elle produit aussi ses effets sur ceux qui y sont exposés : cette arme, c’est le gaz lacrymogène.

Logiquement, c’est tout d’abord au milieu des nuages que l’on peut se trouver mal, après que les grenades ont été lancées à la main ou propulsées à l’aide de lanceurs. « En manifestation, il m’arrive souvent d’aider des personnes qui vomissent ou qui ont l’impression de ne pas pouvoir respirer », raconte Charly [*], street medic à Paris depuis 2017. Ariane [*], infirmière à Clermont-Ferrand, a commencé à soigner les personnes blessées ou en malaise dans les manifestations de Gilets jaunes en février, avec une équipe d’amies. Elles ont constaté que les symptômes se répétaient et que les problèmes respiratoires pouvaient être graves pour les asthmatiques : « Les crises sont difficiles à gérer car la ventoline écarte les bronches et accentue l’effet des gaz. »

Elles ont aussi pris en charge des malaises, et géré les conséquences psychologiques de ces gaz. « Certaines personnes sont totalement désorientées, même une fois sorties du nuage. C’est ce que j’ai observé récemment lors d’une manifestation à Saint-Étienne, où les forces de l’ordre ont beaucoup gazé, à l’aveugle », raconte Ariane. « J’ai déjà retrouvé des personnes prostrées dans des coins, qui ne pouvaient plus bouger et paniquaient à cause des gaz », complète Charly. Pour Ariane, cela s’est déjà terminé à l’hôpital : « Une membre de l’équipe a fait une réaction allergique, tout le visage a gonflé, elle a dû aller aux urgences. »

En tant que professionnelle du monde médical, elle dispose d’un appareil qui permet de mesurer la saturation du sang en oxygène. « L’idéal est à 100 %. En dessous de 90 %, cela montre une mauvaise oxygénation du sang et donc des organes. En manifestation, on est rarement au-dessus. L’organe le plus touché par ce manque est le cerveau, c’est pour cela qu’il y a des malaises. »

Le gaz lacrymogène utilisé en France contient plus précisément comme matière active la molécule CS (o-chlorobenzylidene malononitrile), choisie pour ses effets irritants, censés se dissiper rapidement dès que l’exposition cesse. Mais les témoignages recueillis par Reporterre montrent que certains effets persévèrent plusieurs jours voire plusieurs semaines après la manifestation. Tous lient l’importance ou la durée des symptômes à l’intensité de leur exposition aux gaz. Les descriptions se recoupent avec celles collectées par Mediapart à la suite de la manifestation du 23 mars dernier à Montpellier, où l’utilisation de gaz avait été particulièrement intense.

Bronchite, bouche et yeux irrités, saignements de nez et mal de ventre
Les maux de tête et de ventre reviennent le plus fréquemment dans les témoignages. « Après les manifestations où j’ai mangé beaucoup de gaz, j’ai des migraines et un dérèglement intestinal, des diarrhées dans les jours qui suivent », poursuit Charly. « S’il y a plus de gaz, ou que je me suis fait confisquer mon matériel et suis moins protégée, les symptômes durent plus longtemps. » Certains racontent ne pas arriver à manger pendant plus d’une semaine et subir des pertes de poids.

Les conséquences sur la peau et les yeux peuvent aussi perdurer. Ariane se souvient avoir déjà eu « une réaction cutanée, avec la bouche et les yeux irrités pendant deux semaines ».

Là encore, bronches et poumons sont particulièrement touchés, souvent pris d’assaut par une infection dans les jours qui suivent une exposition. « Une de mes équipières fait régulièrement des bronchites après les manifestations », observe Ariane. Claire, infirmière vivant du côté de Nîmes, a rejoint les Gilets jaunes dès le 17 novembre. Mais elle a découvert ces effets le 16 mars. « On est montés à Paris, on n’avait pas pris les masques pour ne pas se les faire confisquer. Après, j’ai eu une infection pulmonaire qui a durée trois semaines, j’ai été mise sous antibiotiques. »

Sarah [*] s’est carrément retrouvée à l’hôpital pendant dix jours, à la suite de la manifestation du 16 février à Montpellier : « Le lendemain, j’ai cru que j’avais une grippe. Puis je n’arrivais plus à me lever, ni à manger. Au bout de cinq jours, mon mari a pris ma saturation en oxygène : j’étais à 72 %. Il m’a emmenée aux urgences. » Les médecins lui diagnostiquent une pneumonie. « Ils m’ont gardée dix jours, et une fois sortie je suis restée quinze jours de plus sous antibiotiques », se rappelle-t-elle. « D’habitude, je ne vais jamais chez le médecin, je ne suis jamais malade. »

« Je ne pouvais même plus emmener ma fille à l’école »
La sensation de fatigue particulièrement intense revient aussi régulièrement dans les récits. « J’ai mis un mois à me remettre de la manifestation du 9 juin, lors de l’Acte 30 », se rappelle notamment Doki, observatrice de la section de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) de Montpellier. « J’avais les jambes coupées, je me sentais comme si je faisais une grosse dépression, et j’ai chopé une laryngite. Je ne pouvais même plus emmener ma fille à l’école. »

D’autres symptômes sont plus surprenants. Gilet jaune de l’Hérault, Stéphane [*] a parfois combiné manifestation du samedi et actions militantes dans la même semaine. Le 23 mars dernier, à Montpellier, il a été exposé plus intensément que d’habitude. « J’ai eu des problèmes au niveau des mollets, je me sentais comme après un marathon. Ma compagne, de son côté, est allée chez le kiné pendant des semaines. Cela ne s’est calmé que quand on n’est plus allés en manif’. » Il rapporte, une fois, une irritation de la gorge telle qu’il crachait du sang, et « des saignements de nez qui m’obligeaient à me lever la nuit ». Claire est elle aussi abonnée au nez qui saigne, mais a également eu « des problèmes neurologiques comme une mauvaise coordination des mouvements. En parlant autour de moi, je me suis rendue compte que les gens avaient les mêmes symptômes », relate-t-elle.

Une étude menée par des Gilets jaunes a tenté de mieux caractériser ces symptômes. Soizic Lesage, retraitée Gilet jaune dont le médecin lui a « formellement interdit de se faire gazer », a décidé de se rendre utile en récoltant les témoignages, avec une petite équipe de médecins. « On a établi une liste d’une cinquantaine de questions et distingué les symptômes pendant le gazage, juste après, puis dans les jours qui suivent », explique-t-elle. L’équipe a recueilli les témoignages durant les mois de mai, juin et juillet principalement, puis a regroupé l’ensemble des réponses dans un tableau anonymisé détaillant 47 cas. Ainsi, il apparaît qu’au moment du gazage, la toux, les difficultés respiratoires et les brûlures au niveau des yeux et de la peau sont logiquement — ce sont les effets recherchés — les symptômes les plus ressentis. Certains ont également eu des nausées (28 personnes) ou des vertiges. Dans les minutes et heures qui suivent, l’irritation se calme mais les vertiges persistent. Apparaissent sensation de désorientation, maux de tête et même troubles de la mémoire (pour 19 personnes sur 47, soit 41 %). Dans les jours et semaines qui suivent, les symptômes semblent même s’accentuer. 94 % des témoignages relatent une forte fatigue, des problèmes de sommeil. Les problèmes respiratoires, la toux, les fortes irritations des yeux et de la peau reviennent de plus belle. Les maux de tête persistent. Crampes musculaires et pertes d’appétit sont aussi signalées, voire une insuffisance hépatique. « On a dû ajouter des colonnes au fur et à mesure des témoignages, on est tombés sur des symptômes auxquels on ne s’attendait pas », raconte Soizic. « Notamment ceux qui pourraient être le signe d’une atteinte neurologique, comme les pertes de mémoire. »

Autre résultat surprenant, des femmes rapportent des troubles gynécologiques. Un tiers de celles qui ont témoignées et sont ménopausées évoquent un retour des règles. Parmi les non ménopausées, plus d’un quart signalent que leurs règles sont irrégulières depuis qu’elles respirent des gaz lacrymogènes. Plusieurs femmes ont effectivement relaté à Reporterre des effets sur leur cycle menstruel. « J’étais en pleine période de règles un samedi où je n’avais pas mis mon matériel correctement, se souvient Charly. Le lendemain, les règles s’étaient interrompues, puis elles ont repris deux jours après. » Ariane a échangé sur le sujet avec ses coéquipières : « Je n’ai pas eu mes règles pendant deux mois. Une autre ne les a pas eues pendant trois mois. À l’inverse, une a ses règles trois fois dans le mois à chaque fois qu’elle va en manifestation. » Elles s’interrogent : stress ou effet des gaz ?

Les forces de l’ordre rechignent à évoquer le sujet
Le tout montre des conséquences durables du gaz lacrymogène sur les personnes régulièrement ou fortement exposées. Stéphane a fini par constater une baisse de forme générale, alors qu’il exerce un métier physique : « Avant, sur les chantiers, je bougeais un mètre cube de sable en une ou deux heures, maintenant cela me prend la journée… Je faisais des semi-marathons, désormais je mets une semaine à me remettre d’une manif. » Claire, qui exerce en libéral, a dû diminuer le nombre de jours qu’elle travaille chaque mois. « Mais je n’ai pas d’enfants, il ne me faut pas grand-chose pour vivre, et mes patients me soutiennent », indique l’infirmière.

Si beaucoup hésitent à témoigner du côté des Gilets jaunes — et la plupart préfèrent l’anonymat — c’est également compliqué d’avoir des témoignages de la part des membres des forces de l’ordre. Le service de communication de la police nationale indique qu’il n’y a jamais eu la moindre remontée de problèmes liés aux gaz lacrymogènes.

Côté syndicats, l’Unsa police refuse de répondre à nos questions. Chez Alliance, « il n’y a pas de collègues qui se plaignent des gaz lacrymogènes », indique Jean Cavallero, délégué national des CRS. Christophe Miette, secrétaire général adjoint du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure avait été amené à se renseigner, des collègues lui ayant signalé avoir été incommodés après une manifestation riche en gaz à Montpellier (celle du 23 mars) : « Un plus grand nombre de grenades ayant été utilisées, il y avait plus de particules irritantes dans l’air », a-t-il conclu. Seuls les syndicats minoritaires s’inquiètent des conséquences sur la santé, comme le syndicat Vigi. Michel Thooris, secrétaire général de France police – Policiers en colère, demande quant à lui une étude sur les conséquences « pour les collègues qui sont en contact sur le long terme avec ces produits. On avait envoyé une lettre pour demander une étude, à l’époque où le ministre de l’Intérieur était Manuel Valls, mais elle n’a jamais reçue de réponse », indique-t-il.

« Pour moi les lacrymos, c’est aussi dangereux que les LBD, estime Ariane. Ça pénètre dans notre organisme et ça y reste pendant un certain temps. On va finir par voir des maladies chez ceux qui y sont exposés tous les week-ends », craint l’infirmière. Reste un effet à long terme, lui, facilement observable : la majorité des personnes interrogées par Reporterre vont désormais moins souvent en manifestation.

Réforme des retraites : "Le gouvernement a perdu la confiance des enseignants"

La mobilisation contre la réforme des retraites se poursuit, mardi, avec une seconde grande manifestation parisienne. Aux côtés des cheminots, beaucoup d’enseignants manifestent, comme Samuel Serre, professeur de lycée farouchement opposé au projet de l'exécutif.

C’est le deuxième acte de la mobilisation contre la réforme des retraites. Mardi 10 décembre, les syndicats sont à nouveau dans la rue pour s’opposer au projet du gouvernement Philippe. L’exécutif affirme que ce système universel à points vise à mettre fin aux nombreux régimes spéciaux dans un souci de "justice". Ses opposants, nombreux, fustigent au contraire un projet inégalitaire.

Après 2003 et 2010, Samuel Serre, 48 ans, en est à sa troisième grève contre une réforme des retraites. "À chaque fois c’est la même histoire, nos dirigeants ne bougent pas, ils font la sourde oreille alors qu’il y a des milliers de personnes dans la rue", explique-t-il. "Mais cette fois on sent que c’est différent, la mobilisation se fait bien plus en amont et elle est vraiment massive. Chez nous, dans le 92 (le département des Hauts-de-Seine à côté de Paris, NDLR), on a eu jusqu’à 80 % de grévistes dans certains secteurs, en 25 ans de carrière je n’ai jamais vu ça !"

Professeur dans un lycée à Boulogne-Billancourt, Samuel est prêt pour la nouvelle journée de manifestation mardi après avoir déjà été dans la rue le 5 décembre dans le cortège de la CGT – dont il est un membre actif. Une manifestation "monstre", selon lui, malgré les problèmes de transport : "On a des copains qui sont venus en vélo depuis loin, Meudon-la-Forêt par exemple, l’ambiance était bonne. Déterminée mais positive."

"Travailler plus pour gagner moins"

Enseignant aguerri et syndiqué de longue date, Samuel fait partie des premiers mobilisés contre le projet du gouvernement. "En fin d’année scolaire, les premières informations ont fuité et on a vu qu’ils voulaient basculer d’un système de solidarité vers un système à points. Déjà ça nous renvoyait une mauvaise image, nous dont le point d’indice du salaire est gelé depuis plus de 10 ans et qui perdons déjà du pouvoir d’achat chaque année." Et il poursuit : "Avec la nouvelle méthode de calcul sur l’ensemble de la carrière, et non plus les six derniers mois, les retraites vont baisser mécaniquement. C’est clair on veut nous faire travailler plus longtemps pour gagner moins."

Parmi les arguments mis en avant pour promouvoir sa réforme, le gouvernement affirme que les indemnités seront désormais prises en compte pour la retraite. Une bonne nouvelle pour certains fonctionnaires dont les primes représentent parfois plus de 20 % de leur salaire. Mais ce n’est pas le cas des professeurs : "Hormis les remplacements long terme sur d’autres postes, peu d’enseignants bénéficient de réels compléments de salaires de ce type", explique Samuel Serre. "Le ministre de l’Éducation nationale (Jean-Michel Blanquer) nous ressort aujourd’hui sa prime de 300 euros par an mais il nous prend pour des idiots, elle avait été prévue sous Hollande !".

En tant que professeur agrégé et après 25 ans de carrière, Samuel touche environ 2 800 nets par mois. Selon ses calculs, la réforme représenterait une diminution de 400 euros par mois de sa future retraite, une perte importante qui s'accompagnerait d'une obligation de travailler jusqu’à "au moins 65 ans".

Samuel élève un enfant seul, ne touche pas d'aides sociales et paye un loyer mensuel de 1 200 euros. "Pas le choix en région parisienne", précise-t-il. Toutefois, il estime ne pas faire partie des plus à plaindre : "J’ai beaucoup de collègues qui gagnent aux alentours de 2 000 euros. Certains sont là depuis à peine quelques années et on leur annonce déjà que toutes les règles changent, ce n’est pas acceptable. Moi je suis né en 1971, donc s'ils décalent la reforme cela ne me concerne plus directement. Mais je ne me bats pas pour mon cas personnel."

Et il ajoute : "Il y a un vrai problème idéologique dans cette réforme, chacun paye sa retraite et non plus un système global, la société s’individualise un peu plus et cette problématique touche tout le monde sans que le gouvernement ne s’en émeuve".

"Au lycée, les enseignants sont devenus des exécutants"

Le sentiment d’abandon, Samuel et ses collègues le ressentent depuis des années. Un épisode lui reste particulièrement en travers de la gorge : la grève de 2003. "Des semaines de grève contre la réforme des retraites (conduite par François) Fillon, sans rien à la fin", se souvient-il.

Depuis septembre, c’est la réforme du lycée qui ne passe pas. "Je suis professeur de première, notre rôle est de préparer les élèves au bac. Mais on nous ajoute des examens pendant l’année. On se retrouve à les évaluer tout le temps ce qui génère beaucoup de stress chez les élèves. Il n’y a pas de temps prévu pour les corrections et on doit continuer à faire cours… Au lycée, les enseignants sont devenus des exécutants, il y a une perte de sens du métier. Ce n’est pas ça l’école !"

La réforme du baccalauréat est l’une des deux grandes réformes éducatives du gouvernement actuel, avec la "loi pour une École de la confiance" – dédiée à l’enseignement aux jeunes enfants. Ces deux projets ont été adoptés malgré la réticence d’une partie du corps enseignant. Samuel Serre considère que la réforme des retraites ne fait qu’entériner la rupture : "Jean-Michel Blanquer nous vantait une école de la confiance. Aujourd’hui, le gouvernement a perdu la confiance des enseignants. Pour relancer le dialogue, des ajustements ne suffiront pas, il doit retirer la réforme des retraites."

               les pluie dans le sud de la france 1er decembbre 2019

La France va retirer de la vente 36 produits à base de glyphosate

Trente-six produits à base de glyphosate vont être retirés de la vente en France, a annoncé, lundi, l'Agence nationale de sécurité sanitaire. Ceux-ci représentaient près des trois quarts des tonnages de produits à base de glyphosate vendus en France en 2018.

L'Agence française de sécurité sanitaire (Anses) a annoncé, lundi 9 décembre, le retrait de 36 produits à base de glyphosate, un herbicide que la France a décidé d'interdire à partir de 2021. Ces derniers représentaient en 2018 près des trois quarts des tonnages de produits à base de glyphosate vendus en France pour des usages agricoles et non agricoles, selon l'agence.

Actuellement, 69 produits à base de glyphosate sont disponibles sur le marché en France et ont fait l'objet d'une demande de renouvellement de leur autorisation.

"Par décision de l'Anses, 36 de ces produits vont être retirés du marché et ne pourront plus être utilisés à compter de fin 2020, en raison de l'insuffisance ou de l'absence de données scientifiques permettant d'écarter tout risque génotoxique", indique-t-elle dans un communiqué.

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Suite au prolongement pour cinq ans de l'agrément de la substance active par l'Union européenne en 2017, "l'Anses procède au réexamen des autorisations de mise sur le marché des produits à base de glyphosate commercialisés en France et a lancé une évaluation comparative avec les alternatives disponibles", rappelle l'Agence.

Des évaluations renforcées depuis 2017 pour les produits à base de glyphosate

Mais sans attendre la fin du processus en cours, "l'Agence a notifié le retrait des autorisations de 36 produits à base de glyphosate". Pour des raisons identiques, elle "a notifié une décision négative pour 4 des 11 nouvelles demandes d'autorisation déposées depuis janvier 2018 et en cours d'examen".

L'évaluation des dossiers de demande d'autorisation déposés par les entreprises souhaitant renouveler ou obtenir une mise sur le marché de produits à base de glyphosate "a été spécifiquement renforcée en 2017 suite à la réévaluation de la substance active, avec davantage d'exigences impliquant la fourniture de données supplémentaires concernant les risques pour la santé et l'environnement (...)", selon l'Anses.

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"Ces nouvelles dispositions requièrent des études spécifiques menées selon des méthodes standardisées et robustes", assure l'Anses qui "poursuit l'examen des demandes d'autorisation et de réautorisation de produits à base de glyphosate".

"Seuls les produits à base de glyphosate répondant aux critères d'efficacité et de sécurité définis au niveau européen (...) et ne pouvant pas être substitués de façon satisfaisante, bénéficieront in fine de l'accès au marché français", ajoute l'Anses, qui finalisera l'ensemble du processus d'évaluation "d'ici le 31 décembre 2020".

Avec AFP

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